L’histoire des collections de manuscrits de la British Library

Les collections de manuscrits de la British Library constituent des ressources très riches pour la compréhension de la culture littéraire et historique du Moyen Âge. Kathleen Doyle présente ici les œuvres numérisées dans le cadre du Programme France-Angleterre de la Fondation Polonsky.

Avant la création de la British Library en 1973, tous les manuscrits numérisés dans le cadre du Programme France-Angleterre de la Fondation Polonsky faisaient partie de la Bibliothèque du British Museum. Ils sont issus de collections qui se sont constituées au cours des quatre cents dernières années : les collections « fermées » ou historiques, entrées simultanément à la Bibliothèque, qui ne pourront être enrichies d’aucun autre manuscrit ; et les collections « ouvertes » auxquelles s’ajoutent aujourd’hui toutes les nouvelles acquisitions de manuscrits. En souvenir de leur contribution et en guise de tribut permanent, chaque volume de ces collections « fermées » conserve dans sa marque individuelle ou « cote » le nom de son collectionneur d’origine.

Collections fondatrices : Harley, Cotton et Sloane

Les manuscrits Harley 

La collection Harley fut constituée au cours de deux générations par les 1er et 2e comtes d’Oxford, Robert Harley (1661-1724) et son fils Edward Harley (1689-1741). La veuve et la fille du 2e comte vendirent les manuscrits à la nation pour £ 10 000 (une somme bien inférieure à leur valeur contemporaine) en vertu de la loi du Parlement qui institua également le British Museum. La collection Harley comprend plus de 7000 manuscrits, 14 000 chartes et 500 rouleaux, dont 127 ont été numérisés dans le cadre de ce programme – ce qui représente le nombre le plus élevé de pièces numérisées parmi toutes les collections fermées. 

Bestiaire avec extraits de Gérald de Galles

A phoenix rising from flames

Un phénix récolte des brindilles pour construire un bûcher funéraire (image du haut), puis il est consumé par le feu (image du bas) pour renaître ensuite de ses cendres (British Library, Harley MS 4751, f. 45r)

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Domaine public dans la plupart des pays à l'exception du Royaume-Uni.

Les manuscrits Cotton 

La collection Cotton fut formée par l’antiquaire et politicien Sir Robert Bruce Cotton (1571-1631), puis enrichie par son fils, Sir Thomas Cotton (1594-1662), et son petit-fils, Sir John Cotton (1621-1702). Sir John légua l’entière collection de manuscrits à la nation « à l’usage et au bénéfice du public », et la bibliothèque fut intégrée au British Museum lors de sa création en 1753. La collection Cotton de la British Library comprend plus de 1400 manuscrits et plus de 1500 chartes, rouleaux et sceaux. Elle reflète le profond intérêt de Sir Robert pour l’histoire de l’Angleterre. L’importance de sa collection est attestée par le fait que 61 manuscrits représentés dans ce programme sont des manuscrits Cotton, tel le livre de prières d’Ælfwine (aujourd’hui Cotton MS Titus D XXVI). Les manuscrits de Sir Cotton conservent dans leur cote un écho de l’emplacement qu’ils avaient autrefois dans sa bibliothèque, sur une étagère particulière, sous le buste d’un empereur romain ou d’un autre personnage.

Livre de prières d’Ælfwine

Saint Pierre sur un trône tenant une grande clé, avec un petit moine – peut-être Ælfwine – qui lève les yeux vers le saint (British Library, Cotton MS Titus D XXVI, f. 19v)

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Les manuscrits Sloane

Les exécuteurs testamentaires du médecin, scientifique et collectionneur Sir Hans Sloane (1660-1753) vendirent à la nation sa vaste collection de plantes, animaux, antiquités, livres et manuscrits en 1753. Ce legs donna lieu à la fondation du British Museum. La collection de manuscrits de Sir Hans Sloane reflète l’amplitude de ses connaissances, de même que son intérêt particulier pour la médecine et l’histoire naturelle. Neuf d’entre eux ont été intégrés au programme.

Avec la collection Cotton et celle de Robert et Edward Harley, la collection Sloane est l’une des trois collections fondatrices de la British Library.

Autres collections fermées

Les manuscrits royaux

La collection Royale comprend près de 2000 manuscrits, dont la majorité sont enluminés. 33 manuscrits figurent dans le programme, parmi lesquels un portrait d’auteur anglais (aujourd’hui British Library, Royal MS 10 A XIII/1). La collection Royale, désignée de nos jours sous le nom de Old Royal Library (Ancienne Bibliothèque Royale) pour la distinguer de la bibliothèque royale actuelle (principalement conservée au château de Windsor), fut hébergée au XVIIIe siècle avec la collection Cotton et donnée à la nation par George II en 1757.

Portrait de saint Dunstan en évêque

Un portrait d’auteur de saint Dunstan écrivant (British Library, Royal MS 10 A XIII/1, f. 2v)

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Les manuscrits Arundel

Thomas Howard, 2e comte d’Arundel († 1646), rassembla la première collection majeure d’art britannique formée de peintures, sculptures et manuscrits. En 1666, son petit-fils Henry Howard divisa la bibliothèque entre la Royal Society et le College of Arms (Collège des Hérauts). En 1831, le British Museum acquit la part de la Royal Society qui comprenait plus de 500 manuscrits. 23 manuscrits importants de la collection Arundel ont été numérisés en vue de ce programme, parmi lesquels un psautier somptueusement enluminé, réalisé à Oxford, qui contient un important cycle préfatoire d’images de la vie du Christ (Arundel MS 157).

Psautier avec les Heures de la Vierge

Le Christ apparaissant aux apôtres et la Transfiguration (British Library, Arundel MS 157, f. 7v)

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Les manuscrits Burney

En septembre 1818, un lot important fut transporté au British Museum depuis le faubourg londonien de Deptford. Ce lot comprenait 7000 gravures, 1800 volumes reliés de journaux, 1400 livres, dont 350 recueils factices contenant des coupures de journaux et des affiches de théâtre, ainsi que 525 volumes manuscrits. Pour l’achat de cette importante collection, le Parlement du Royaume-Uni avait précédemment voté une subvention spéciale de £ 13 500, dont £ 2500 à 3000 couvraient le coût des 525 manuscrits. 

L’homme qui rassembla cette collection volumineuse était Charles Burney (1757-1817), fils du célèbre historien de la musique Charles Burney et frère de la romancière Fanny Burney. Il était lui-même l’un des spécialistes les plus réputés de son époque du latin classique, comme de la langue et de la littérature grecques. Sept manuscrits Burney sont inclus dans le programme.

Les manuscrits Henry Davis

La collection d’Henry Davis (1897-1977) qui contient environ 800 reliures comprend plusieurs reliures médiévales originales, deux desquelles figurent dans le programme. La collection a été donnée au British Museum en 1968.

Les manuscrits Lansdowne

Les manuscrits collectionnés par William Petty, 1er marquis de Lansdowne (1737-1805), également connu comme Lord Shelburne, furent acquis en 1807 pour le British Museum à l’aide d’une subvention parlementaire. Malgré la qualité de son fonds médiéval, la collection est mieux connue pour son fonds d'écrits politiques modernes que pour ses manuscrits enluminés médiévaux. Deux manuscrits Lansdowne sont inclus dans le programme.  

Les manuscrits Stowe

Empruntant son nom à la Stowe House où Richard Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville, 1er duc de Buckingham et Chandos († 1839) constitua sa bibliothèque, la collection fut achetée en 1849 par le 4e comte d’Ashburnham. En 1883, le British Museum acquit la collection auprès du 5e comte d’Ashburnham. Deux manuscrits Stowe figurent dans le programme.

Les manuscrits Yates Thompson

De toutes les collections citées conservées à la British Library, la collection Yates Thompson est celle qui comprend le plus faible nombre de manuscrits (52), mais c’est l’une des plus importantes du point de vue des manuscrits enluminés. Henry Yates Thompson (1838-1928) projetait de constituer une collection des cent plus beaux manuscrits qu’il pourrait se procurer. Voici comment il la décrivait : « Mon projet était de ne jamais acheter de volume supplémentaire à moins qu’il ne fût résolument supérieur par sa valeur et son intérêt à l’un au moins de mes cent originaux et, après l’avoir acheté, de me défaire impitoyablement du moins fascinant des dits cent [volumes] ». L’un de ses manuscrits, une copie tardive du fin du XIIe siècle des Sentences de Pierre Lombard, est inclue dans le programme (Yates Thompson MS 17).

Collections ouvertes

Manuscrits Additional

Après la collection Harley, la collection Additional a fourni la plupart des volumes de la British Library inclus dans le Programme France-Angleterre de la Fondation Polonsky (110). Comprenant actuellement plus de 90 000 pièces, la collection Additional de manuscrits compte des manuscrits acquis en dons, achats ou legs depuis 1756, à l’exception de quelques collections importantes qui conservent le nom de leur bibliothèque ou de leur propriétaire antérieur, ou qui ont été acquis avec le fonds Egerton. La numérotation des manuscrits Additional commence au numéro 4101, elle succède à celle des manuscrits Sloane, numérotés de 1 à 4100. Les nouvelles acquisitions de manuscrits occidentaux reçoivent les numéros suivants qui sont disponibles dans la série. 

Un grand nombre de manuscrits Additional furent acquis durant l’exercice et grâce aux efforts de Sir Frederic Madden, conservateur des manuscrits au British Museum de 1837 à 1866, « prodige de l’érudition victorienne ». Nous devons à son remarquable discernement l’acquisition des deux livres français les plus anciens qui ont été numérisés dans le cadre de ce programme, le commentaire de la Bible dans une écriture mérovingienne (Add MS 31031) et le splendide livre des Évangiles de Tours (Add MS 11849). Nous lui devons également les Évangiles de Préaux (Add MS 11850), une copie de la règle de saint Benoît (Add MS 16979), et l’Encomium Emmae Reginae (Add MS 33241).

Livre d’Évangiles de Tours du IXe siècle

Un cadre élaboré, composé de baguettes rectangulaires ornées, cantonnées d’entrelacs d’or, introduit l’Évangile selon saint Matthieu (British Library, Add MS 11849, f. 26v)

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Lectures complémentaires

McKendrick, Scot, The Burney collection of manuscripts in the British Library, Catalogue of Illuminated Manuscripts [en ligne]. https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/TourBurney.asp [consulté le 9 mai 2018].

Bovey, Alixe, Henry Yates Thompson’s illuminated manuscripts, Catalogue of Illuminated Manuscripts [en ligne]. https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/TourYTIntro.asp [consulté le 9 mai 2018].

Doyle, Kathleen, « ‘Preserved and Transmitted for the Good of Posterity’ : The Transfer of the Old Royal Library from a Palace to a Museum’, dans 1000 Years of Royal Books and Manuscripts, sous la direction de Kathleen Doyle et Scot McKendrick, Londres, 2013, p. 179-212.

Doyle, Kathleen et Scot McKendrick (sous la direction de), 1000 Years of Royal Books and Manuscripts, Londres, 2013.

McKendrick, Scot, John Lowden, Kathleen Doyle, Royal Manuscripts : The Genius of Illumination, Londres, 2011.

Doyle, Kathleen, « The Old Royal Library : ‘A greate many noble manuscripts yet remaining’ », dans Scot McKendrick, John Lowden et Kathleen Doyle, Royal Manuscripts : the Genius of Illumination, Londres, 2011, p. 66-93.

Foot, Miriam, The Henry Davis Gift : A Collection of Bookbindings, 3 vol., Londres, 1978-2010.

Barker, Nicholas et alii, Treasures of the British Library, Londres, 2005. 

Harris, P. R., A History of the British Museum Library 1753-1973, Londres, 1998.

Tite, Colin G. C., The Manuscript Library of Sir Robert Cotton, The Panizzi Lectures, 1993, Londres, 1994. 

  • Kathleen Doyle
  • Kathleen Doyle a obtenu son doctorat en Histoire de l’art médiéval au Courtauld Institute of Art, University of London ; sa thèse portait sur les manuscrits cisterciens du XIIe siècle et l’utilisation des images dans l’art monastique. Ses recherches actuelles portent sur les manuscrits bibliques enluminés. 

    Elle a assuré avec Scot McKendrick le commissariat de l’exposition financée par l’AHRC, Royal Manuscripts : The Genius of Illumination ; elle a ensuite été chercheur principal dans le projet sur les Royal Manuscripts qui a suivi l’exposition, en codirigeant avec Scot McKendrick le volume 1000 Years of Royal Books and Manuscripts (2013).